Sociéte

Bouya Omar: Une ambiance de fin de règne…

Image: Aujourd'hui.ma
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En compagnie de deux amis originaires de Laattaouiya, nous nous sommes rendus vendredi 3 août au mausolée de Bouya Omar, situé à quelques kilomètres de là, trois ans après la décision décrétée par le ministre El Houssine El Ouardi d’en finir avec le négoce de l’internement. L’un de mes deux amis et accompagnateurs nous explique à l’approche du tombeau de ce personnage du XVI ième siècle qu’il eût été pratiquement impossible d’atteindre la cour d’entrée du mausolée en voiture avant la décision du ministre de la Santé en juin 2015. « Ça ne désemplissait jamais et il fallait se débrouiller pour stationner à une distance respectable et effectuer le reste du trajet à pied ». À l’époque, et selon les témoignages recueillis, on était projeté dans une autre dimension au fur et à mesure qu’on approchait du mausolée. Des individus enchaînés, des femmes qui poussaient un cri strident, de pauvres hères qui se livraient à un soliloque, baragouinant des formules inintelligibles… Et partout, c’était plein à craquer. Un achalandage bienvenu pour contrecarrer la misère.

Qu’en reste-t-il aujourd’hui? L’ambiance de fin de règne saute aux yeux. La moitié des commerçants ont fermé boutique, et la cour située en face du mausolée est pleine craquer de jeunes sirotant un thé et pâtissant d’une oisiveté que l’on devine obsédante. Un petit parc public joliment aménagé a certes été ouvert au public, mais seuls quelques volontaires dont des auxiliaires de l’autorité le maintiennent en vie. Le manque de vision est total. En déclarant la guerre à Bouya Omar en 2015, El Houssine el Ouardi avait employé une formule que n’aurait pas renié Jeanne d’Arc: « C’est soit Bouya Omar, soit moi ». Une déclaration d’intention effectivement menée à terme. Le ministre a gagné son pari. L’ennui, c’est que rien n’a été conçu pour proposer à la population locale d’autres sources de revenu.

Paralysie…

Les résidences où l’on enchaînait les personnes atteintes de troubles psychiatriques sont désormais vides et les taxis qui effectuaient le trajet entre Laataouiya et Bouya Omar doivent attendre un temps fou pour faire le plein de passagers, alors qu’ils l’effectuaient jusqu’à une quinzaine de fois par jour. Partout, flotte dans l’air un parfum de manque d’occupation. Quelques projets immobiliers promis en guise de compensation ne fonctionnent pas. Tout est à l’arrêt. Pourtant, nous avons fait quelques rencontres intrigantes et inquiétantes. Des personnes qui croient mordicus en le pouvoir de Bouya Omar viennent toujours invoquer sa baraka, hurlant, se tortillant ou errant sans but dans l’espoir d’exorciser le ou les mauvais esprits qui les hantent.

Selon les témoignages recueillis localement, le risque de voir l’activité reprendre de plus belle nonobstant l’interdit est manifeste: « Il ne faut pas écarter l’hypothèse d’un retour progressif à la situation qui prévalait avant la décision du ministre El Ouardi. C’est soit ça, soit un exode rural massif vers les principaux centres urbains, avec tout ce que cela implique comme mise à mort pour toute une culture ». Autant dire que la « victoire » de Houcine el Ouardi contre Bouya Omar n’en était pas une. Ou plutôt une mauvaise victoire puisqu’elle n’a apporté aucune solution en faveur de la population locale. Celle-ci se souviendra longtemps d’un ministre qui, ironie du sort a fini aux oubliettes, déshonoré par une disgrâce à l’instar de ses camarades. Quelque part, il a payé…

À notre retour à Ouargui, à quelques kilomètres de là, nous avons eu le temps de réaliser l’impact des décisions hasardeuses prises par certains responsables sur la population rurale. Pitoyable…

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