Sociéte

Enseignement: Quand l’État joue avec le feu

Image: L'Express
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‘ Tu me dis , j’oublie. Tu m’enseignes, je me souviens. Tu m’impliques, j’apprends ‘ – Benjamin Franklin -. L’éducation est la base d’une société; elle permet la transmission de différents savoirs, du patrimoine culturel et, surtout, elle favorise la formation d’une pensée critique. Mais qu’en est-il d’un État qui veut mettre fin à la gratuité du vaccin contre la violence et l’ignorance à savoir l’enseignement? Désire-t-on réellement que le Maroc de demain ressemble à un monde où règne l’instruction , où courent dans tous les sens le savoir constructif vers une société plus égalitaire, solidaire et juste? Car c’est en réfléchissant que nous imaginons une société meilleure, c’est en combattant que nous l’obtenons.

Mais que faire quand l’État qui est sensé assurer l’organisation de l’enseignement public, veut mettre fin à la gratuité de l’enseignement au secondaire? Dans une approche visionnaire, nous pouvons dire que cette mesure va produire avec des écoles privées à haut rendement pour l’acceptation aux niveaux supérieurs et des écoles pour les pauvres et déficients intellectuels qui finiront dans la rue ou dans des professions plus techniques. L’enjeu est sûrement de former plus de techniciens car la main-d’oeuvre devient rare. A l’inverse, il y a trop de diplômés au chômage. C’est une question de gestion de l’emploi plus qu’une question de budget, Et sur le plan politique, il y aura sûrement moins d’individus intellectuellement préparés qui vont embêter les dirigeants avec leur rhétorique qui ne brasse que de l’air.

Sur le plan social, cette nouvelle mesure peut engendrer une certaine stratification sociale par le moyen d’un double processus : un processus de différenciation entre les enfants pauvres qui vont bénéficier de l’enseignement gratuit et les autres enfants issus de familles aisées économiquement et un processus d’évaluation. L’enfant est l’homme de demain, un être qui désire, qui apprécie, qui juge. Parmi ces objets désirables, certains sont désirés par tous. Ces caractéristiques de la vie en société, que les hommes peuvent posséder plus ou moins et qui, en outre, sont désirées par tous, sont le fondement de la stratification sociale. C’est ce qu’exprime clairement Talcott Parsons : « Dans son aspect évaluatif, la stratification sociale est le rangement des unités d’un système social en fonction des normes du système de valeurs communément admis ».

Quelle relève pour demain?

En effet, pour assurer un système d’éducation , ce dernier doit répondre à une double finalité : dans un premier temps, rattraper le retard économique et aider au développement d’un esprit critique chez les citoyens et citoyennes. Et comme a dit le grand humaniste Nelson Mandela : ‘ l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde’ . Au-delà du droit individuel, l’éducation fait partie des droits collectifs qui « ont besoin du support institutionnel et financier de l’État pour leur réalisation concrète […] Ce sont des droits-créances qui visent à assurer une meilleure égalisation des conditions matérielles de l’existence. » C’est donc, en quelque sorte, ce que doit à la population un État qui a la capacité de lui offrir.

La gratuité scolaire au Maroc doit se positionner comme la voie définitive à prendre qui garantirait le droit à l’éducation et permettrait d’abolir le rapport marchand face à l’enseignement. De plus en plus, ce droit fondamental devient une marchandise que les élèves peuvent acquérir selon leurs moyens et les revenus. Nous constatons que le Maroc tend donc vers une approche à l’américaine. Ce serait effectivement utopiste de penser que l’instauration de cette politique se fera du jour au lendemain sans causer des séquelles sur le plan sociologique: les pauvres dans le public et les riches au privés. À l’instar du Ghandi, nous pouvons dire que la force d’une société ne vient pas d’une capacité physique mais d’une volonté politique indomptable de transmettre la culture et le savoir ancestral.

Elle ne peut le faire que par le biais de l’éducation. Le gouvernement doit garantir l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation et à la culture est un devoir de l’État. Les droits collectifs, comme le droit à la santé, le droit à la sécurité sociale et le droit à participer à la vie culturelle sont enchâssés Au-delà des tergiversations tactiques, nous voyons que l’éducation est un droit, l’enseignement primaire et secondaire doit ainsi être obligatoire et accessible gratuitement pour tous les enfants sans distinction, exclusion ou préférence fondée sur la race, la couleur, le sexe, l’orientation sexuelle, l’état civil… Nous concluons par la citation d’Albert Einstein: « À mesure que s’agrandit le cercle de nos connaissances, s’agrandit également la circonférence des ténèbres qui l’entoure. » En d’autres mots, plus nos connaissances s’accroissent, plus nous entrons en contact avec ce que nous ignorons.

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Fayrouz Fawzi

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