Sociéte

Festival Mawazine: L’édition de toutes les controverses

Image: Les Écos
Image: Les Écos

L’édition 2018 du festival Mawazine – du 22 au 30 juin – se tiendra dans un contexte social particulièrement tendu. Au-delà de la célébrité des artistes qui se produiront et qui sont repassés en boucle par les organisateurs, plusieurs éléments font craindre le pire, alors que des dizaines de millions de dirhams sont investis chaque année pour assurer une programmation digne des plus grands rendez-vous artistiques de la planète.

De prime abord, cette édition coïncide avec un mouvement de boycott social d’une ampleur sans précédent et qui cible des compagnies précises, soupçonnées de s’enrichir scandaleusement loin des standards de la concurrence. Non prise au sérieux au début par les décideurs, tant à l’échelle gouvernementale qu’à celle des compagnies en question, le phénomène a pris progressivement de l’importance au point de forcer les groupes concernés à réagir et même à s’excuser publiquement devant les ratés initiaux en termes de communication. Aux yeux de nombreux citoyens, le festival Mawazine s’inscrit dans la même ligne que ces compagnies qui font fi des notions élémentaires de la saine concurrence. Autrement dit, une organisation titanesque qui agit comme une caisse enregistreuse et qui est capable d’obtenir du financement en appuyant sur un bouton. L’appel au boycott de Mawazine sera-t-il entendu? Ce n’est pas exclu, mais ce n’est pas sur pour autant.

Déconnexion avec le peuple?

Dans un autre ordre, il y a la sortie catastrophique d’Aziz Daki, directeur artistique dudit festival et qui est devenue virale au point de couvrir tout le Maroc de ridicule. Invité par la BBC pour évoquer les différents aspects de ce festival, il a abreuvé d’injures son contradicteur Rachid El Belghiti qui a dit tout le mal qu’il pensait de Mawazine. Une prestation honteuse qui aurait du conduire Aziz Daki à présenter sa démission sur le champ sans demander ses restes. Mais au Maroc, certaines anomalies sont curieusement tolérées et en disent long sur la protection dont certains personnages bénéficient. En dépit de la vague d’indignation qui a secoué le pays, la question du départ d’Aziz Daki n’est pour le moment pas évoquée. Pas terrible…

Dernier élément à prendre en considération, le contexte social que traverse le Maroc. La flambée des prix grève sérieusement le budget des ménages et nombreux sont ceux qui lancent sur les réseaux sociaux un appel à la hiérarchisation des priorités. À tort ou à raison, les appels au boycott de Mawazine se multiplient et nul ne peut prédire comment ce mouvement évoluera et quelle sera son incidence sur le bilan de cette édition. Le Maroc  vole de mouvement social en mouvement social et les réseaux sociaux constituent une tribune idoine pour exprimer la colère enfouie. Des décennies de privilèges indus accordés à quelques groupes ou à quelques individus ont converti le Maroc en poudrière sociale et il fallait s’attendre à ce que tant d’injustices laissent place à des revendications somme toute légitimes. Chose certaine, le climat social rappel étrangement le contexte du Printemps arabe et il s’agit de manœuvrer habilement pour contenir l’ire populaire. Cela passe par l’emploi, la santé, l’éducation et le reste!

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