Migrance

Georges Amsellem: Les rimes de l’exil

Entre cèdres, pommiers et oliviers, Georges Amsellem a coulé une enfance heureuse à Midelt, petite ville située à cheval entre le Haut et Moyen-Atlas. Fils de rabbin, il a fait ses études primaires dans sa ville natale avant de se rendre à Meknès où il a intégré le collège juif local (Cours complémentaire). C’est là qu’il a obtenu son baccalauréat en 1965. Il intègre peu après l’Office de Commercialisation et d’Exportation ( OCE) en tant que contrôleur au services finances. Un premier pas dans la vie active qui allait s’avérer fort utile en termes d’expérience quant à l’étape suivante de sa carrière. En effet, en 1968, à l’âge de 21 ans, il se rend à Montréal pour pousser plus loin ses études et voler de ses propres ailes. Bénéficiant d’une bourse d’études, il n’allait pas hésiter à mettre la main à pâte pour arrondir ses fins de mois. À cet effet, le berbère de Midelt a commencé par décharger des camions à Lachine en attendant des jours meilleurs.

Parallèlement à ses études en comptabilité puis à l’Institut de l’Urbanisme, il finit par intégrer l’Université de Montréal de 1976 à 1980 en tant que chercheur. Au cours de cette période, il s’est découvert un penchant manifeste pour les arts, les lettres et la scénarisation, ce qui l’a convaincu à prendre un cours en audiovisuel pour donner un sens à son hobby. Ainsi, en 1981, à l’âge de 34 ans, il produit une série pour enfants intitulée « Les Transistors » diffusée sur Radio-Canada et la principale chaîne française de l’époque TF1, du temps  des Léon Zitrone et Yves Mourousi entre autres. Il a aussi travaillé avec de grands noms à l’instar de Naïm Kattan en tant que producteur ou coproducteur de longs métrages, inspirés notamment d’œuvres littéraires portées à l’écran.

Le lien tissé entre Georges Amsellem et son pays natal ne s’est jamais démenti. En 2017, il se rendra à Essaouira à des fins de tournage, l’occasion de se ressourcer et d’avoir une pensée pour son Maroc dont l’image ne l’a jamais quitté comme le démontre sa présence assidue aux événements organisés à Dar al Maghrib ou par des associations locales.

Le violon d’Ingres de Georges, en dehors de ses talents multiples réside dans la poésie, penchant de prédilection qui l’a mené à éditer plus d’un recueil, dont certains ont été préfacés par de grands noms de la poésie à l’instar de Gaston Miron. Il soutient à ce titre qu’il est le meilleur vendeur de poésie au Québec, se basant notamment sur des vers accrocheurs, interpellant l’âme du destinataire et surtout avec un contenu facile à comprendre, contrairement à certains de ses pairs. Dans son dernier recueil No mans’land, qu’il déclame avec une passion communicative, on trouve quelques perles genre :

Qui prend épouse prend famille

Qui prend mari fonde famille

C’est la loi de la nature

Ainsi commence l’aventure

Georges soutient toutefois que l’intégration au Québec à tous les égards et dans tous les domaines n’est pas tâche facile. L’handicap majeur, éprouvé par tant d’autres réside dans cette satanée première chance qui peut tarder des fois plusieurs années à dessiner, et au milieu, c’est la galère qui est au rendez-vous. «  Le pire, c’est lorsqu’on ne vous dit pas en face que vous êtes persona non grata, se contentant d’un sourire de circonstances qui peut-être interprété de diverses manières ». De toute façon, pour Georges Amsellem, le monde artistique dans le sens large du terme ne s’arrête pas au Québec. Il maintient de puissants liens avec la France, incontournable débouché pour les œuvres francophones.

Image: Mohammed Sadri
Image: Mohammed Sadri

Fier de ses origines, Georges Amsellem souligne l’attachement qui lie les juifs berbères au Maroc à travers l’histoire. Une vague migratoire qui remonte à la destruction du deuxième siècle de Salomon, ce qui nous ramène à l’époque romaine, juste avant et après l’avènement de l’ère chrétienne. Un lien qui a survécu à bien des épreuves au fil du temps et qui ne s’est jamais démenti.

À propos de l'auteur

Harakat Ismail

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