Culture

Intégration culturelle : Comment secouer le cocotier?

Peut-on faire une percée dans la littérature de la société d’accueil quand on vient d’ailleurs? Pas évident du tout. Ceux qui ont essayé de secouer le cocotier depuis des années en créant des associations à vocation littéraire se sont aperçus sans tarder de la complexité de leur mission. Le champ est pratiquement monopolisé par une poignée de protagonistes locaux et bien malin celui qui aurait la prétention d’introduire un quelconque changement. Non pas que la classe intellectuelle locale soit particulièrement brillante, mais une forme de corporatisme littéraire réfractaire volontairement ou involontairement aux plumes étrangères s’est installé. Certaines initiatives louables menées par des auteurs issus de l’immigration ont vu le jour à travers l’organisation de débats, tables rondes, soirées littéraires…mais l’impact de ces événements demeure à portée limitée face au refus des grands médias de les couvrir, préférant ne pas s’aventurer en terrain inconnu.

Kamal Benkirane

Trop souvent, seuls les noms de la littérature québecoise ont droit de cité et seuls ceux qui parviennent à se frayer leur bonhomme de chemin au sein même de ce microcosme parviennent à gravir quelques échelons et à se faire un nom. Quant à ceux qui chercheraient à voler de leurs propres ailes loin des sentiers battus, c’est à peine s’ils réussissent à susciter l’intérêt des journaux de quartier. Ceux qui ont signé un livre au bout d’une année d’efforts, voire davantage ont pu réaliser à quel point il est compliqué de le faire éditer. Le contenu et le talent de l’auteur ne suffisent pas pour venir à bout des réticences des grandes maisons d’édition. C’est juste que la peur de l’inconnu s’érige en facteur de blocage.

Fausses perceptions

L’idée que les intellectuels du Sud se faisaient de leur future société d’accueil du temps où ils suivaient leur procédure d’immigration avait souvent quelque chose d’idyllique. Entre ce qu’ils ont pu lire sur le Québec et la version officielle des agents d’immigration canadiens, l’impression qu’ils avaient chez eux de leurs chances d’intégration intellectuelle s’apparentait à une formalité. Or, voilà qu’une fois au Québec ils s’aperçoivent que le talent n’est pas l’unique facteur qui entre en considération. Le réseautage importe davantage que la qualité de la production littéraire et c’est valable aussi pour le journalisme où l’accès aux grands groupes relève presque de la chimère. C’est ce qui explique que les intellectuels issus de l’immigration doivent souvent se débrouiller avec les moyens de bord et avec les subventions que peuvent fournir les arrondissements connaissant une forte concentration d’immigrants pour bénéficier d’un semblant de visibilité. Ça reste très loin de leurs attentes initiales, mais le fait d’organiser des événements, même à l’échelle communautaire leur donne cette illusion d’exister, ce qui a le don de flatter leur égo.
Tous les porteurs de projet issus de l’immigration ont pu se rendre compte à quel point il est difficile de percer dans un contexte où seuls ceux qui ont un nom assez connu bénéficient d’une médiatisation digne ce nom. Quant aux nouveaux arrivant qui débarquent au Québec avec des illusions sans borne, ils réalisent que leur réussite peut dépendre de la sortie des sentiers battus, quittent à se mettre au banc de leur communauté. Une analyse critique de l’islam peut miraculeusement ouvrir quelques portes même lorsque la valeur réelle de l’écrit peut franchement laisser à désirer. Plusieurs ont emprunté cette voie estimant que leur réussite personnelle était plus importante que les valeurs auxquelles ils ont pu adhérer. Et plus importante que ce que le courant majoritaire au sein de leur propre communauté peut penser.

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Harakat Ismail

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