Politique

La CIA et Erdogan: L’audio qui coûte le trône

Image: El Periodico
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 Le président turc Tayyib Erdogan, qui a qualifié l’assassinat de Jamal Khashoggi de “meurtre politique prémédité”, n’était pas encore convaincu du prix politique de l’audio qui condamne Riyad dans l’affaire Khashoggi. Son choix du contenu  stratégique relatif a son discours politique, lors de sa dernière sortie  publiquement sur l’assassinat du journaliste saoudien, faisait suite à plusieurs rencontres et entretiens avec les services de renseignements intéressés directement ou indirectement par l’affaire Khashoggi.

Si Erdogan n’a pas fait le choix d’enterrer le dossier, c’est qui l’est en train de négocier politiquement le rôle international de la Turquie  dans la région, notamment dans le monde musulman, mais aussi les intérêts économiques et stratégiques de son pays, qui font face à la vision de l’Arabie Saoudite et les intérêts américains. Cependant, contrairement à la Russie, les Américains ont mis tout leur poids pour avoir le maximum d’informations concernant l’affaire qui implique un allié stratégique sine qua non dans le cadre de leur politique étrangère au sein de la région proche-orientale.

Gina Haspel, la directrice de la Centrale Intelligence Agency (CIA), a fait un déplacement secret le lundi dernier pour la Turquie afin de rencontrer le Président Turc et ce, à la veille de son discours sur l’affaire Khashoggi. Ce déplacement était dans un objectif primordial de prendre connaissance concrète de toutes les preuves impliquant directement les autorités saoudiennes dans l’affaire de l’éditorialiste au Washington Post, mais aussi de discuter du contexte de la disparition et la vision politique Turque sur la question, d’un point de vue géostratégique.

Après ce déplacement secret de la directrice de la CIA, l’administration américaine a subi beaucoup plus de pression politique et médiatique de la part de la communauté internationale, mais surtout du côté du congrès américain.Ce dernier, sans doute, invitera Haspel afin qu’elle partage son rapport de visite et le contenu des preuves recueillies, plus particulièrement celles liées au fameux ”audio”, auprès des autorités turques. L’administration américaine qui s’est montrée ferme quant à son approche juridique a l’égard de la disparition de Kashoggi, son discours politique reste marqué par une diplomatie qui privilégie le pragmatisme des intérêts économiques  et l’instrumentalisation des enjeux géopolitiques sur les valeurs de la justice socio-universelle.

Si quelques sanctions d’ordre juridique sont prévues par la législation américaine, voire même en exécution opérationnelle à ce sujet, l’administration américaine, non plus, n’est pas prête à fermer ce dossier, et se dit vouloir continuer à explorer toutes les pistes, ce qui redonne une couverture politique plus que juridique à cette position des États-Unis. Or, cette volonté de ne pas aspirer à clore le dossier est un choix stratégique qui sera conservé par les décideurs américains à l’encontre des autorités saoudiennes pour des éventuelles pressions lors des futures négociations.

Arguments de poids

La communauté internationale qui insiste sur une enquête juste et crédible, n’est pas prête d’accepter que les justices soient rendues sur le sol saoudien et par les autorités du pays. La simple raison, c’est que ses agents d’autorité et son appareil sécuritaire sont impliqués dans l’affaire, et cela entraînera automatiquement un confit d’intérêt où le principe de séparation des pouvoirs est quasiment inexistant, ainsi que gouvernance politique est principalement concentrée entre un certain nombre restreint de personnes.

Haspel qui endurera, sans doute, la pression politique afin de partager le contenu “secret” de sa visite en Turquie avec les membres du congrès américain, pourrait mettre en avant le caractère“secret” du contenu de sa visite afin de classer le dossier en “raison d’État”.Pareillement, la commune internationale, quant à elle, va continuer aussi de solliciter ce contenu de l’audio qui a fait trembler le trône Saoudien depuis la disparition de Kashoggi.

Si la famille Royale en Arabie Saoudite tente de moderniser les secteurs du pays par pour un avenir plus homogène avec les valeurs inclusives de l’humanité universelle, son appareil du pouvoir doit être prête de se débarrasser des méthodes traditionnelles dans la gestion des affaires étatiques. Le renouvellement de l’esprit de la gouvernance passe par une conscience collective de l’histoire universelle, mais surtout exige une réconciliation avec le passé et d’accepter les différences et les convergences du présent.

À propos de l'auteur

Moulay Hicham Mouatadid

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