Culture

La géo-poétique de l’amour

Image: selmourconceptions.com
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Le mot amour est d’une générosité éponyme phénoménalequi le rend inévitablement, victime de sa propre polysémie féconde. En me mettant au diapason des sémanticiens, je prends un risque non gérable, en affirmant, qu’il n’est point un escalier mécanique, qui prend en charge notre confort sentimental, or, il convient de dire qu’il est principalement un nomadisme romantique, et spirituel, en foisonnement permanent, et en mode découverte, dnouveaux archipels d’émerveillement, qui restent inaccessibles, bien qu’on puisse voir leurs ombres se balancer, à l’horizon. Pour être irréprochablement réaliste, il est judicieux de le qualifier comme une sorte de dictature sournoise d’un rêve ésotérique. C’est pourquoi il est en tout temps en effervescence, il peut être métamorphosé en une joie, une douleur, une frustration, ou tout autre sensation qui se conjugue avec telle ou telle situation, que nous vivons dans le moment présent. 

Il n’est pas nécessaire d’être en harmonie avec soi, pour s’accomplir dans son amour, d’un point de vue idylliqueaimer c’est apprendre à avoir soif, on ne boit pas pour se désaltérer, un amoureux, boit pour garder en vie sa soif d’aimer, d’apprendre dans l’amour et sur l’amour, et d’aimer encorejusqu’à la fin de ses jours, de la sorte, il évite à l’amour de prendre des rides, de tomber dans la redondance, et finir par s’autodétruireLoin de toute affirmation catégorique, je me permets de conclure que l’amour est non pas le fruit qu’on mange, mais plutôt l’arbre qu’on plante, il est doté d’un caractère incandescent, conséquemment, il est confronté à l’obligation de subir toutes sortes d’épreuves pour atteindre le paroxysme de son illumination. 

Amour et subjectivité

 Alors que, par souci de plaire, et par intention de laisser émaner une certaine impression positiveet recevable, on met notre patrimoine affectif à la disposition de l’autre, on renonce consciemment, ou inconsciemment à notre habitude de penser et d’interagir dans la sérénité, et sans être contrarié par la léthargie d’une influence, assez émotionnellement intelligente et persuasive, au point de tordre la rigidité d’un orgueil, qui paralyse souvent ce mouvement vers l’autreAimons-nous seulement notre propre image, que nous projetons sur l’autre? Sommes-nous en amour avec nous-mêmes seulement, dans une réciprocité illusoire? La dimension de la questionme renvoie à ce que Stendhal avait débattu dans son livre « De l’amour » concernant les concepts de la cristallisation et la fabrication, qui consistent à recouvrir l’être aimé par des qualités, qu’on a nous-mêmes fabriquées, à travers notre propre imagination, pour illustrer ce portrait qui hante nos attentes irrationnellement possibles, et dévoile la vérité hypothétique de l’amour.

 Aussitôt que je me trouve en déficit de méditation et de compassion avec tout ce qui m’est cher et irremplaçable, je m’abandonne à mes errances surréalistes, et mes digressions herméneutiques. En l’occurrence, comment un misogyne peut nous apprendre à aimer et chérir une femme sans faire couler une seule larme, et sans même avoir recours aux archives épistolaires romantiques. Ce qui est étrange quant aux habitudes de l’amour, c’est sa capacité de ne rien laisser au hasard, il s’occupe notamment de notre hygiène temporelle, et nous oriente vers le chemin le plus court de la mélancolie. Quand le cœur avec sa myriade d’affres, ressent encore les coups de fouet de sa propre main, le chagrin joue à plein en faveur de notre égarement existentiel. Ne pas aimer, ne garantit en rien une quiétude harmonieuse avec elle-même, et avec ce qui l’entoure, comme cela peut engendrer d’autres effets inattendusqui résident dans la peur anticipée, d’un devenir incertain de notre pragmatisme rationnel, et notre gourmandise émotionnelle. 

Ingrédients multiples

 Sous l’effet de la même magie, os’approprie une confusion de nature occulte, qui nous sert comme un solide alibi pour justifier notre dépendance, incarnée dans ce besoin têtu, et inlassable, et tout cela, pour obtenir gain de cause, envers nous-mêmes, ainsi quenvers nos attentes intarissables, et même utopiques, parfois. Puisqu’on aime en mouvement, on finit par comprendre que cette quête, n’est que l’amour lui-même, qui ne cesse de nous pousser vers de nouvelles exigences, vers une plénitude somptueuse, qui n’est pas du tout à l’abri d’éventuelles sécheresses. L’amour a besoin de nous, comme nous avons besoin de lui, il a besoin de notre engagement, alors que nous avons besoin de son attention, mais nous nous contentons de nourrir l’illusion d’une conviction aveuglée par le brouillard d’un désir éphémère, qui nous apparaît comme étant l’amour lui-même.

En revanche, l’assouvissement peut être la tombe des sentimentsHormis le désir charnel, l’amour c’est tout le resteEn d’autres termes, il aura toujours besoin de frictions internes et externes pour allumer les cierges de sa propre destinée, malgré l’épouvantail d’inquiétude et d’incertitude qui retient continuellement notre intérêt, entrave notre capacité de nous questionner quant à son essence, et nous laisse croire qu’il existe en dehors de ses propres faiblesses, il n’est que l’oscillation de ses vagues, tantôt euphorique, et tantôt dysphorique. L’amour va toujours habiter ses flammes, à l’instar d’une mer, qui habite ses lames

À propos de l'auteur

Driss Chebla

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