Sociéte

L’effet des TIC sur le régime politique marocain à travers le « Hirak » du Rif

Image: Twitter
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Par: Abdelhafid Daoudi: Enseignant au CEGEP de Saint-Jérôme

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) facilitent l’engagement des citoyens dans l’espace politique. Elles nous permettent non seulement de changer nos outils d’échange, mais aussi nos comportements démocratiques.  La génération numérique témoigne des circonstances de la mort du Rifain Imad Atabi (25 ans), elle n’a pas oublié les terribles conditions dans lesquelles le Rifain Mohsen Fikri (31 ans) est décédé.

 Mise en contexte

 Il s’agit de prime abord de répondre à ce questionnement : quels rôles peuvent jouer les TIC dans la propagation de la démocratie au Maroc ? C’est pourquoi, nous tardons davantage à expliquer l’effet des TIC sur les habitudes démocratiques marocaines tout en citant  un exemple pertinent qui illustre ces rôles : le  Hirak  du Rif au nord du Maroc qui démontre que les TIC ont contribué à défendre la démocratie. La question socioéconomique du  Hirak  du Rif marocain est un sujet d’actualité qui a pris de l’ampleur dans les réseaux sociaux dès sa naissance, le 28 octobre 2016, date de la mort du jeune Mohsen Fikri, écrasé par le compacteur d’un camion-ordure. Les Marocains exigent des avancées socioéconomiques en matière de santé, d’enseignement et d’emploi.

Discussion

 L’impact des TIC sur la démocratie et le mode de vie politique est profond.  Plus que jamais, il est nécessaire de prendre acte que nous vivons présentement dans une société numérique où nous avons dépassé la notion des frontières entre les personnes, les groupes et les pays. Évidemment, les TIC offrent la possibilité de franchir toutes ces barrières traditionnelles. Elles créent de nouvelles exigences et des liens sociaux. Le partage d’information se veut plus fluide. En simplifiant, disons que le citoyen est un être qui,  de par sa  nature, possède des sentiments et des opinions, il a besoin d’exprimer ses émotions et ses avis. Les réseaux sociaux ont bien compris ceci et ont répondu à ce besoin par des interfaces interactives (aimer, partager et commenter).

Au Maroc, les TIC ont permis de montrer au monde entier que les revendications de cette mouvance contestataire  sont sérieuses, raisonnables et légitimes. C’est grâce aux réseaux sociaux, que les Marocains ont réussi à  remettre en question toutes les tentatives qui touchent à leur crédibilité, entre autres : accuser et renvoyer certains sympathisants du Hirak l’image de séparatiste, d’intégriste, de suscitateur de la  Fitna  (la division ou le désordre) et d’avoir l’intention de déstabiliser le royaume. La mobilisation de la population marocaine actuelle n’est qu’un sérieux signal d’alarme, comme celui du mouvement de contestation marocaine du 20 février 2011, qui rappelle aux décideurs que sans l’implication active de l’État, « l’exception politique marocain » ou le « modèle marocain » ne durera pas. Par ce fait, le  Hirak  du Rif  marocain a changé la donne et les paramètres.  Les TIC ont contribué à saisir cette nouvelle équation.

À vrai dire, il  semble que c’est la vision étroite qui a conduit le régime politique marocain à  arrêter d’effectuer des réformes politiques entamées en 2011, croyant qu’il a réussi à absorber les effets des ondes du printemps arabe. Or, cette discontinuité n’a fait que déplacer le problème. Pour cela, la politique de fuite de vraies réformes politiques ne permet que de transférer les crises dans le temps et d’accumuler de mauvaises expériences. D’ailleurs, la lecture des réclamations du  Hirak  du Rif et celle du mouvement du 20 février confirme cette thèse.

Le régime politique marocain devait encourager l’implication des marocains, l’action publique et la volonté de bien faire les choses du premier coup et pour toujours. Au lieu d’interdire la marche du 20 juillet et d’engager un nombre incroyable des forces de l’ordre, il faut écouter le Rifain et ses revendications. Il exprime simplement, à travers cette marche, sa volonté de vivre le présent tout en souhaitant un futur meilleur socialement et économiquement et sans trahir son passé.

Certes, les TIC favorisent  la transparence et poussent l’être humain à contrôler ses paroles et à réaliser ses promesses, car il est filmé et enregistré. Dès lors, ceci pourra être utilisé comme moyen de reddition de compte. Le système public devient facile à contrôler et à juger. De surcroît, l’utilisation des TIC à des fins politiques est sans doute un acte indispensable, elle représente une façon performante d’interpeller les citoyens et de les engager dans un dialogue public. Il s’agit là d’une sorte de réingénierie innovatrice qui passe par deux étapes, l’objectif consistant à intégrer les TIC afin de nous adapter à la génération numérique et de favoriser la transparence. Cela peut  nous ramener à changer nos pratiques démocratiques.

Autrement dit, dans une bulle démocratique, une infection réciproque à double relation se développe continuellement et de façon dynamique; la première est créée dans une direction directe : de l’être humain vers la technologie. Alors que la seconde s’est formée dans une direction indirecte : de la technique vers l’individu moderne.  Dans un « monde de verre » comme le nôtre, il est plus simple pour le système politique marocain d’être authentique aux niveaux des paroles que des actes. Après la mort du Rifain Imad, il faut passer rapidement à l’action quant aux attentes socioéconomiques des Marocains. Il me semble que certains Marocains attendaient l’application du discours royal du 29 juillet et plus de solutions concrètes concernant cette crise lors du prochain discours prévu le 20 août. Or, la mort d’Imad pourrait provoquer la naissance d’une seconde étape dans le  Hirak  qui deviendra plus large et contagieux.

Conclusion

La démocratie sociale peut se réaliser de façon efficace via les TIC, ces dernières permettent de visualiser chaque événement, ce qui aide à découvrir les faiblesses et à déceler les maillons faibles ainsi qu’à dévoiler la scène politique marocaine. Dorénavant, le régime politique marocain et sa population ne partagent pas le même langage. C’est la raison pour laquelle, il est appelé à réaliser un changement de fond et de forme au niveau de la démocratie représentative et participative. D’ailleurs, comment voulez-vous qu’ils soient sur la même longueur d’onde si, en 2017, nous parlons encore d’un gouvernement issu d’élections libres et un autre dit de l’ombre ? Et si le système marocain est marqué par un pouvoir hybride via la présence d’un « État profond » décisionnel et d’un « gouvernement de surface », qui ne réalise pas régulièrement sa mission de la démocratie représentative ? C’est le moment opportun de rectifier le tir pour changer cette stratégie archaïque.

Le monde politique et les jeunes ont changé avec l’avènement des TIC. Par conséquent, il est temps que les partis politiques marocains s’adaptent à cette réalité et aux exigences de la nouvelle génération. À l’heure actuelle, cette dernière envisage un projet politique rassembleur, visionnaire,  mobilisateur, continu, dynamique et basé sur le partage et le travail d’équipe. Un tel projet doit refléter la volonté des citoyens par le biais des mécanismes démocratiques transparents. Les expériences humaines, à travers l’histoire, nous enseignent que lorsque la structure politique d’un pays est solide, fiable et crédible, la diversité (sociale, politique et linguistique) devient une force et une richesse comme c’est le cas du Canada. Soyons alors optimistes et courageux.

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