Sociéte

Les enfants, sous l’emprise du virtuel…

Image: Cyberbullying Research Center
Image: Cyberbullying Research Center

Chaque fois qu’elle a sous les yeux une tablette ou un cellulaire elle sort son sourire broché figé et bat des cils. Elle drague l’objectif. Le petit manège ne s’arrête pas là. Ses petites mains potelées entrent généralement en jeu et se joignent à la mascarade répétitive faciale. Que fait-elle au juste ? Elle se prend en photo, elle se fait un montage de cette photo pour se transformer en félin, pour se métamorphoser ou maquiller sa voix, et dernièrement un play-back gestuel qui fait penser à ces interprètes en langue des signes. Tout cela pour dire que l’époque de haute technologie interactive qui dépasse nombreux d’entre nous a pris le dessus sur notre quotidien, a violé l’innocence, tué le naturel et volé l’enfance.

L’histoire a commencé avec un selfie, et passée à un snapchat, pour finir par un musical.ly. Vous savez ce que c’est si vous avez des enfants. Si vous essayez de vous renseigner plus sur le phénomène vous resterez sans voix. Les mêmes chansons font trémousser des filles dans la fleur de l’âge, presque des enfants…Danses lascives, tenues suggestives cachant peu ou pas du tout leurs rondeurs naissantes. Toute mère dirait en les voyant : « Elles ont des parents ces filles-là ? ». Un étalage primitif de chair enfantine et de gestes érotiques inappropriés à leur âge loin de tout contrôle parental et familial. Et on crie au scandale quand ces mêmes faux petits artistes de la toile se font piéger par des prédateurs sexuels, fuguent, s’isolent, tombent malades, régressent dans leurs études, et que ne sais-je encore….

Même pour rire nombreux sont les bambins qui, au lieu de s’esclaffer comme tout être normalement constitué ferait, ils disent « LOL » en guise de rire, même si les Lot of Laughs promis ne sortent nullement de leur bouche.

Autres temps…

Facile d’opérer pour gagner en visibilité, même pour ces mômes livrés à eux-mêmes. Ils ont droit d’avoir leurs propres chaines virtuelles, y exposer leurs goûts et leurs bricoles. Qu’apprend-t-on de leurs vidéos savamment montées ? à pétrir la Slime, sorte de pâte visqueuse qui « aide » à déstresser. Et les joujoux anti-stress pour enfants font légion. Comique non ? On donne des outils aux enfants pour les stresser et on se remplit encore plus les poches en leur imaginant des outils relaxants. Ce que la vie a changé…et pas du tout en mieux. La fillette qui aime tellement courtiser l’objectif m’a demandé une fois : « Vous n’aviez pas de consoles de jeu, vous n’aviez pas de tablette. Vous aviez quoi pour jouer ? Mon Dieu vous n’aviez pas de vie ! »

Et moi d’ajouter à sa liste de gadgets manquants à notre bien-être : « nous n’avions même pas d’ordinateur, ni téléphone portable, ni même une télévision numérique (ses yeux s’agrandissent…) ; cependant nous avions des dessins animés appropriés à notre âge, nous avions des jeux physiques qui nous rassemblaient et nous faisaient bouger et sociabiliser, des jouets simples qui développaient notre dextérité et notre motricité ; et nous étions comblés. »

Les mêmes petits yeux me regardent avec suspicion : « Cela ne se peut pas, semblent-ils me dire… »

À propos de l'auteur

Mouna Achiri

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