Migrance

Les Maghrébins du Québec et la politique: Une sous-représentativité chronique

Image: La Voix du Maghreb
Image: La Voix du Maghreb

Avec une communauté dépassant les 200 000 membres pour une population globale de 8 millions, la communauté maghrébine du Québec est largement sous-représentée sur le plan politique. Longtemps durant il est vrai, une désaffection franche a été observée dans ce sens et les urnes étaient massivement boudées comme si l’issue des scrutins ne concernait pas les nord-africains dont les préoccupations étaient manifestement ailleurs. Toutefois, au cours des dernières années, un déclic s’est opéré et les Maghrébins réalisent de plus en plus que leur implication peut changer la donne. Effectivement, dans une société démocratique fortement ancrée, le moindre vote peut avoir une incidence directe et c’est ce qui explique que la communauté maghrébine soit au centre d’intérêt de la classe politique québecoise, tous partis confondus…du moins au niveau du discours.

Lors des campagnes municipales et provinciales, il n’est pas rare que les candidats rivalisent à qui mieux mieux pour séduire l’électorat et dans les quartiers connaissant une forte concentration de maghrébins à l’instar de Saint-Léonard, Montréal-Nord ou Saint-Michel, on peut même observer quelques affiches rédigées en arabe pour toucher davantage la cible maghrébine. Le problème cependant se situe ailleurs. Même dans ces quartiers où le vote maghrébin peut être décisif pour favoriser tel ou tel candidat, les figures politiques d’origine marocaine, algérienne ou tunisienne brillent étrangement par leur absence, ce qui constitue une sérieuse anomalie quand on sait qu’il n’y a pas de pénurie de compétences. À tous les échelons et dans tous les domaines, les Maghrébins sont intégrés en dépit d’un taux de chômage élevé et d’une discrimination à l’embauche avérée.

Du discours à l’efficience

Une telle contribution à l’essor du Québec est d’autant plus importante que ces néo-québecois de souche maghrébine présentent l’avantage d’être francophones dans une société où la langue française est théoriquement considérée comme l’un des tous premiers critères d’embauche parallèlement aux compétences académiques et professionnelles. En pleine période électorale, les candidats issus de l’immigration sont légion. Les Italiens par exemple qu’on retrouve en grand nombre y inclus dans les circonscriptions qui ne connaissent pas une concentration massive de québecois de souche transalpine. Les Libanais aussi sont bien représentés même si leur nombre est sensiblement inférieur à celui des maghrébins. Leur ancienneté leur a dans ce sens accordé une longueur d’avance car mieux familiarisés avec les rouages du système. Idem pour la haïtiens qui ont pignon sur rue à Montréal-Nord et Saint-Michel.

Le nombre de candidats de souche maghrébine est non seulement modeste en comparaison avec leur poids démographique, mais même lorsqu’on présente quelques figures respectées de tous, on leur confie dans pas mal de cas des circonscriptions dont ont connait à l’avance l’issue. Et pire encore sur le plan fédéral en dépit d’une mobilisation exceptionnelle de la communauté maghrébine derrière le Parti Libéral et Justin Trudeau. Il est donc temps de passer des vœux pieux à la pratique en faisant en sorte que la représentativité politique des québecois de souche maghrébine soit conforme à son poids démographique à l’instar de ce qui est constaté chez d’autres communautés. Ce faisant, la mobilisation de l’électorat nord-africain suivra la tendance et pèsera encore plus lourd. La balle est dans le camp des partis politiques.

 

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Harakat Ismail

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