Sociéte

Les mal-aimées des jobines québecoises

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Être musulmane dans un pays qui ne l’est pas est déjà problématique. Le manifester extérieurement en se voilant la face c’est tomber dans un piège, celui de la marginalisation. Si le nombre impressionnant des voilées fait qu’elles ne se sentent pas dépaysées, leur accès au travail reste assez limité. Des toubibs voilées, des nutritionnistes, des enseignantes, des vendeuses, des employées de banque, des réceptionnistes, des ingénieurs, des architectes, des cuisinières, oui on en trouve mais pas de quoi casser trois pattes à un canard. Quelques spécimens par-ci par-là pour faire croire à l’application de la loi sur l’accès à l’égalité en emploi.

Hormis les garderies toujours en quête de remplaçantes ou de main d’œuvre consciencieuse et bûcheuse, rares sont les métiers qui ouvrent les bras au voile. C’est pourquoi on trouve des ingénieurs, des architectes et le reste de la liste sus-citée des bonnes voilées en grand nombre dans les garderies. Souvent aussi celles qui ne sont acceptées nulles part finissent par partir en affaires, histoire de donner un coup de pouce au destin…

Quand le destin s’acharne deux fois…

Z. est de ces femmes qui portent un foulard qui cache aussi ses compétences. Arrivée au Canada avec un diplôme universitaire et une longue expérience professionnelle, elle était loin de penser que son choix vestimentaire allait la discréditer auprès des employeurs. Et pourtant, des occasions se sont déjà offertes à elle. Une offre lui a été faite dans une grande surface où elle faisait ses courses : un courtier en assurances l’interpelle pour lui proposer de travailler pour le compte de sa compagnie, attiré par sa personne. Mais l’offre avait un prix : se défaire de son foulard.

La deuxième fois est liée elle aussi aux assurances. Une offre alléchante qui lui vient d’une vieille connaissance qui avait transmis ses coordonnées à un ami en quête de la perle rare pour ses clients. Le contact établi par téléphone, l’employeur potentiel finit son entretien par poser la question fatidique : « Portez-vous le voile ?

-Est-ce une condition pour avoir ce poste ? demande-telle, connaissant d’emblée la réponse.

-Non, non, se défend l’interlocuteur. Je voulais juste savoir car j’ai des comptes à rendre à mes supérieurs et je ne dois épargner aucun détail. »

Notre perle rare ne se fait pas d’illusion et ne s’attend pas à un autre appel de la même personne. Elle apprend plus tard par la personne qui les avait mis en contact que sa candidature a été rejetée pas d’elle à cause de son foulard qui risque de faire fuir les clients, majoritairement québécois de souche. Elle a eu droit à cette réponse franche juste parce que l’interviewer est un proche de l’intermédiaire. Autrement on aurait invoqué le prétexte de la surqualification ou sous qualification, qu’importe? On lui aurait trouvé d’autres défauts discréditants. La Charte des valeurs québécoises du Parti québécois, favorable à l’interdiction des symboles religieux de la fonction, semble scrupuleusement appliquée au Québec.

Et pourtant, d’un autre côté, la Gendarmerie royale du Canada (GRC) compte des policières musulmanes, dorénavant autorisées à porter le hijab qui dégage le visage. Dans le même registre, la page Facebook «Canada en santé» vient de publier la photo d’une femme voilée dans une de ses publicités… Un décalge entre provincial et fédéral?

À propos de l'auteur

Mouna Achiri

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