Politique

Référendum en Turquie: Vers une hyper-présidence?

Image: grid.mk
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C’est jour de référendum en Turquie. L’actuel président Recep Erdogan, au pouvoir depuis 2003 entend soumettre la question de l’élargissement des pouvoirs présidentiels à la volonté populaire. Le Oui, part légèrement favori et il est probable que M. Erdogan remporte son pari pour lequel il a employé de gros moyens: Mise à contribution de l’appareil du parti, mobilisation des médias publics et campagne houleuse auprès de la diaspora turque en Europe. Selon plusieurs observateurs, le refus de certains pays comme les Pays-Bas ou l’Allemagne de permettre à des personnalités de premier plan de faire campagne pour M. Erdogan a davantage servi que desservi les intérêts du président. Ainsi, alors que le Non était légèrement en avance, la tension engendrée par l’attitude de l’Allemagne et des Pays-Bas a davantage valu pour M. Erdogan de la sympathie que de l’inimitié.

Que se passerait-il au juste si le Oui l’emporte? D’abord et avant tout, M. Erdogan risque bel bien de se maintenir à la tête du pays jusqu’en 2029 avec des pouvoirs des plus étendus, alors que depuis 1950, date des premières élections démocratiques organisées dans ce pays, le président est confiné à rôle honorifique comme en Allemagne ou en Israël. Certes, il y a eu entre-temps des coups d’État qui ont vu l’armée s’approprier le pouvoir pour un temps, mais globalement, la Turquie est un pays où la démocratie parlementaire s’est érigée en modèle. Pour le Parti Justice et Développement ( AKP, pour reprendre l’acronyme turc), ce référendum est tout aussi important que le changement de mode de scrutin opéré en 2002 et qui lui a permis d’asseoir sa domination sur le paysage politique turc.

Le nouveau visage de la Turquie

En 2002, en effet, il a été décidé de fixer le seuil de représentativité parlementaire à 10%, ce qui a éliminé de facto plusieurs formations politiques spécialisées dans le chantage et qui monnayaient chèrement leur participation. Avec le nouveau mode, le nombre de partis politiques a été ramené à 3 ou 4, ce qui a eu le don d’en finir avec l’émiettement que connaissait le parlement de ce pays. Situation qui a forcé l’organisation de plusieurs élections anticipées et servi de prétexte pour l’armée d’intervenir au nom de l’impératif de sauver la démocratie. Aujourd’hui, nous sommes assez loin de l’instabilité des années 1970-1980 et l’armée, en dépit des incidents enregistrés en 2016 respecte davantage les règles du jeu.

Autant M. Erdogan est honni en Occident sous prétexte de dérives autoritaires et  de remise en question des principes fondateurs du kémalisme à l’instar de la laïcité, du statut de la femme, de la mise  l’écart de la culture arabo-musulmane…autant il a le vent en poupe dans ce même monde arabe et musulman. Et justement, le président turc agit de plus en plus en celui qui a davantage de comptes à rendre à son environnement géographique et culturel qu’à cet Occident condescendant et méprisant qui passe son temps à distribuer des bons et des mauvais points. Dans ce sens, M. Erdogan n’est pas prêt d’oublier toutes les humiliations essuyées par son pays tout au long du processus d’adhésion de la Turquie à l’Union européenne et qui n’est plus considéré comme une obsession par Ankara aujourd’hui. C’est qu’aux yeux du président turc, l’avenir de son pays passe par Moscou, Téhéran, le monde arabe et les anciennes républiques soviétiques et non pas par Bruxelles et Washington. Telle est la nouvelle donne avec laquelle l’Occident va devoir composer.

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Harakat Ismail

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