Culture

Richard Wagner, la musique au pluriel.

Image: www.codalario.com
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Composer distinctivement de la musique et concevoir autrement l’aménagement d’une scène, c’est tout d’abord, un exercice profond d’acuité des sens, et une gestion multi-facettes de leur perception interne et externe, qui entre en contact avec toutes la panoplie des sonorités abondantes, et nuancées qui proviennent de la nature, comme première source d’inépuisable inspirationC’est une pure transformation que subit l’émotion, pour enfin prendre le chemin d’une sonorité, qui lui donne cette amplitude vocale particulière. Créant et harmonisant des mélodies, et les associer en même temps à un paysage acoustiquebien élaboré, n’est pas une chose facile. Ce n’est ni jeu de notes aléatoire, sans vocation naturelle et connaissance fondée, ni collage vocalique, sans vision authentique, et bien éclairée

Mais, c’est quoi au juste la musique? Qu’est ce qui fait qu’un ensemble de notes nous fait frissonner, alors qu’un autre, ne fait même pas vibrer un seul cheveu sur nos têtes. Selon Schopenhauer, la musique ne représente pas un sentiment, mais elle l’est, elle n’exprime pas la joie, mais elle est la joie elle-même, comme elle peut être tout autre sentiment, elle est l’expression du monde, et l’essence des choses. Il peut exister même si le monde n’est plus.

Hommage d’un géant à un autre

Ma question à propos de la musique, vient suite à la lettre  adressée par Charles Baudelaire à Richard Wagner, lui déclarant sa reconnaissance émouvante et digne d’un ténor de la musique classique, donil a été lui-même privée, durant sa vie, au moins. Une reconnaissance qui témoigne de cette complicité inconditionnelle entre la musique et la littérature. Dans cette lettre, Baudelaire fait l’éloge de Wagner, en mettant en relief, la beauté sublime et intarissable de sa musique immortelle. Le fait qui m’a donné l’envie de fouiller dans les poches du manteau artistique de ce monumende la musique classique, très admiré dans le milieu musical, grâce à un héritage artistique exceptionnel, spirituellement riche et thématiquement variéVoici un extrait de la lettre en question : 

(Monsieur, Je me suis toujours figuré que si accoutumé à la gloire que fût un grand artiste, il n’était pas insensible à un compliment sincère, quand ce compliment était comme un cri de reconnaissance, et enfin que ce pouvait avoir une valeur d’un genre singulier quand il venait d’un Français, c’est-à-dire d’un homme peu fait pour l’enthousiasme et né dans un pays où l’on ne s’entend guère plus à la poésie et à la peinture qu’à la musique. Avant tout, je veux vous dire que je vous dois la plus grande jouissance musicale que je n’aie jamais éprouvée. Je suis d’un âge où on ne s’amuse plus guère à écrire aux hommes célèbres, et j’aurais hésité longtemps encore à vous témoigner par lettre mon admiration). 

On présente Wagner comme un personnage entêté, provocateur, visionnaire, homme d’idées, dont la volonté est en métalet c’est pourquoi il n’a pas tardé à repenser la configuration dont la présentation de l’opéra était généralement perçue, en entamant, sa réforme, qui l’a mené à concevoir son propre théâtrelui qui était initié à la tradition théâtrale depuis l’âge de quatre-ansIl a conçu la scène de telle façon que l’orchestre soit invisible, puisque, selon lui, la musique elle-même, est invisible. Wagner considérait la musique comme un salut de l’homme, de lui-même, il voyait que la musique doit être mise au service du drame, une idée de Schopenhauer. Fasciné par les formes expressives de la théâtralité, il improvisait la mise en scène du potentiel de la vocalité dramatique.

Sa musique fusionnait spiritualité d’un art déchaîné et, un mythe qui enchante. De là, la richesse littéraire de sa musique, qui lui donnait la dimension de la trame fantastique, avec une présence des éléments de la nature, sans oublier le côté mythique, dont il a bien exploité l’imaginaire de la mémoire collective germaniqueGrace à sa vision panoramique, il dédiait des moyens considérables quant à la réalisation de ses œuvres, relativement longues, nécessitant une attention bien raffinéeLa tétralogie, en est l’exemple, une œuvre monumentale, quinze-heures de musique féerique, et de bonheur.

Du fait que Berlin à cette époque, n’était pas au niveau de rivaliser avec Paris, en matière de culture, Wagner s’est trouvé dans l’obligation de s‘exiler en France, pour s’emparer de la célébrité et la reconnaissance dont il était religieusement assoiffée. Il voulait être reconnu comme l’artiste de la modernité, grâce  à ce souffle révolutionnaire artistique qu’il avait insufflé dans le corps de la musique. Et d’ailleurs les gens qui s’intéressent à l’histoire de la musique, savent qu’à partir de 1848, il y’avait un avant et un après Wagnercela signifiait que la musique ne serait plus vue de la même manière. Wagner faisait une certaine analogie entre le son et la lumière, découlant de ses paysages sonores, intelligemment conçus. Pour ce qui était de la perception théorique, sa vision consistait à réaliser, ce qu’il appelait une (œuvre d’art totale), fusionnant musique, poésie et danse, une symbiose à la saveur d’un génie, qui se voulait unique, en son temps, et avant-gardiste, par excellence. Sur le volet politique, sa musique a été instrumentalisée par le régime nazis à des fins nationalistes, Hitler l’utilisait comme une arme nationaliste, afin de propager l’idéologie antisémite, sachant que, Wagner lui-même n’était pas à l’aise avec la présence juive, sur le territoire allemand. 

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Driss Chebla

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