Politique

Turquie-Union Européenne: Les raisons d’un divorce

[otw_is sidebar=otw-sidebar-1]Attaqué aussi bien par la classe politique, les médias et la société civile occidentale, le Président turc Recep Tayyip Erdogan est devenu une cible privilégiée de ses détracteurs. On l’accuse notamment d’avoir muselé ses opposants, remis en question la laïcité, principe fondateur du kémalisme, permis le retour en force du hijab dans les universités et d’avoir longtemps fermé les yeux sur barbarie incarnée par l’État Islamique. Autant dire qu’il n’a rien fait pour qu’il se fasse aimer de ses voisins européens et de ses alliés américains. Et pourtant! La légitimité de M. Erdogan est incontestable. Là où la majorité des observateurs avait tablé sur une baisse de popularité lors des dernières élections législatives de novembre 2015, l’AKP a fini par remporter une écrasante majorité qui aurait pu le dispenser de toute coalition.

En dépit de l’autoritarisme attribué à M. Erdogan, le Chef de l’État turc présente un bilan politique et économique largement satisfaisant. Bénéficiant d’un changement de mode de scrutin fatal aux petits partis, l’AKP se maintient depuis 2002 avec une avance insolente à la tête du paysage politique turc. Sur ce point, c’est déjà un acquis incontestable car de 1950, date de la première expérience pluraliste dans ce pays jusqu’en 2002, les coalitions se faisaient et ce défaisaient avec une fréquence impropre à une démocratie. Ce qui a justifié l’intervention de l’armée à plusieurs reprises. Cette institution a toujours eu un rôle à jouer puisque le père de la Turquie moderne, Mustapha Kémal en a fait la gardienne de la laïcité. La dernière tentative de coup d’État de juillet 2016 en dit long sur les tensions profondes entre les héritiers du fondateur de l’État et les militants de l’AKP.

Erreur de jugement

Aujourd’hui, la Turquie est la 16ième économie mondiale et l’obsession européenne qui a longtemps marqué sa politique européenne a laissé place à un partenariat plus diversifié et équilibré, faisant la part belle au voisinage arabe et asiatique, aux dépens de l’Union Européenne. La Turquie produit de l’industrie lourde, des armes, des véhicules…et n’est plus en situation d’infériorité face à Bruxelles. D’ailleurs, le rapprochement avec la Russie s’inscrit dans une politique de réduction du rôle européen même si la part des échanges économiques avec l’Allemagne rend difficile un divorce total d’avec l’Europe.

En dépit de ce tableau très favorable à l’AKP et à M. Erdogan, la Turquie connait son lot de problèmes. De sérieux problèmes. Le voisinage conflictuel avec la Syrie entraîne des retombées négatives palpables. Les attentats perpétrés depuis quelques années font douter les investisseurs et surtout les touristes. Ces derniers sont de plus en plus nombreux à opter pour des destinations plus éloignées du Moyen-Orient et le manque à gagner pour Ankara se chiffre en milliards de dollars. Parallèlement, les relations avec l’Europe et plus particulièrement avec la France sont délicates non seulement à cause des présumées violations des droits de l’Homme et de la liberté d’expression, mais également à cause des questions kurde et arménienne. Ce qui a précipité la décision de la Turquie de se rapprocher davantage avec un voisinage qui ne constituait pas une priorité pour les adeptes du kémalisme.

En dépit d’une popularité record dans son propre pays, M. Erdogan a commis au début de la crise syrienne une erreur fatale en permettant que son pays serve de base arrière à Daech. Ce faisant, il a privé la Turquie d’un rôle de médiateur privilégié dans ce conflit, alors que dans le monde arabe, il est perçu comme un modèle à bien des égards. Un gâchis…

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Harakat Ismail

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