Sociéte

Un hymne à l’incivisme

[otw_is sidebar=otw-sidebar-2]Les Arabes seraient des conquérants de l’espace personnel d’autrui ; pire : ils envahiraient l’haleine de l’autre. Lors d’un cours universitaire de communication orale, une jeune étudiante libanaise choisit d’exposer ce phénomène qu’elle affirme propre aux Arabes: « Les Arabes vous tiennent toujours dans le champ de leur haleine. »[1]

Indignation parmi les étudiants arabes participant au cours. D’où vient cette vérité saugrenue ? Les Arabes ne sont pas du tout comme ça. C’est une insulte à l’intelligence, à l’éducation et au bon sens arabes… De nombreuses années plus tard, des années d’immersion étoffée dans la société d’accueil, le retour au pays d’origine, le Maroc, ramène ce vieux souvenir sur le tapis. La rue est un champ fertile où toutes les idées préconçues peuvent être testées facilement, parfois même se concrétiser sans qu’on ait à faire l’effort de les expérimenter. Les guichets restent l’endroit idoine pour tester les comportements des citoyens. Faire la file devant un guichet est une véritable épreuve dans des sociétés comme la nôtre. Rester alignés les uns derrière les autres tarde à rentrer dans les coutumes. Dans une épicerie, une fruiterie, une pharmacie, une pâtisserie, un souk public ou tout autre commerce de masse, les transactions se passent presqu’en groupe.  Le caissier sert un client alors que deux ou trois autres s’accoudent en même temps à côté du premier, allant jusqu’à parler de la pluie et du bon temps avec le caissier tout en glissant leur requête en même temps que le premier.

Dans une banque où les pactes sont plus sensibles vu que cela touche des comptes bancaires et leur gestion, le bon sens requiert une intimité pour le client et son argent. Et pourtant, des clients à l’allure avertie, plus pressés que les autres apparemment, ne voient aucune gêne à violer cette intimité et n’attendent pas leur tour pour « se servir ». Un incident pire s’est produit lors de ces vacances d’été lorsqu’un soixantenaire qui attendait son tour devant un guichet automatique d’une banque marocaine se rue sur le guichet alors que le client qui s’en servait n’avait pas fini de récupérer sa carte et son reçu. Ce dernier, hébété, regarde l’intrus et lui fait comprendre qu’il n’a pas le droit de toucher à l’appareil alors qu’un autre s’en servait et que c’est une transgression du droit d’autrui, avant de lui céder la place. L’intrus, impassible, se saisit de l’appareil, trop heureux de s’en servir à son tour.

Moi d’abord!

Sans commentaire...www.h24info.ma
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L’haleine des autres attire autant ailleurs, autrement, sur les routes encombrées de conducteurs dangereux et irresponsables, ceux des taxis, des autos, des motos, vélos et même passants. La route est à tout le monde, en même temps, partout. On vous double à droite, à gauche, les sens interdits ne le sont pour tout le monde. L’anarchie routière est telle que vous vous trouvez escorté le long de votre trajet, sans possibilité de retraite.

D’où vient cette vérité que la raison refusait d’admettre?  Des chercheurs de l’University College of London interprètent ainsi l’agression de l’espace vital qui s’établirait « à une distance comprise entre 20 et 40 centimètres du visage. (…) cette mesure varie en fonction du degré d’anxiété de chaque individu. Les personnes angoissées ont en effet besoin d’un plus grand espace vital pour souffler »[2].

Au moins on est rassuré quand à l’absence d’anxiété chez de nombreux sujets marocains puisqu’ils se passent volontiers de la distance requise pour respecter l’espace d’autrui…

[1] Risques et  enjeux de l’interaction sociale, jean Marc Stébé

[2]  Psycho : on sait combien mesure notre espace vital, Emilie Cailleu, Topsante.com

 

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Mouna Achiri

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