Politique

Un ‘selfie’ et plusieurs signaux

Image: Saad Hariri
Image: Saad Hariri

Un selfie, un seul  mis en ligne lundi 9 avril par le premier ministre libanais Saad Hariri a suffi pour incendier la blogosphère. On y voit le Roi Mohammed VI décontracté et souriant posant en compagnie du Prince héritier de l’Arabie Saoudite Mohammad Ben Salmane et du même Saad Hariri. Certains analystes ont tôt fait d’emprunter un raccourci à tort ou à raison. Ils y voient d’une part un signe de réchauffement des relations entre le Maroc et le Royaume des Al Saoud. La neutralité affichée par le Maroc dans le conflit opposant l’Arabie Saoudite et les Émirats au Qatar avait été mal perçue par Ryad. Du coup, les enfantillages médiatiques et officiels on commencé à se multiplier: Carte du Maroc amputée de son Sahara, menaces de voter pour la candidature américaine dans la course au Mondial 2026… Les coups bas étaient visiblement fréquents.

Deuxième interprétation possible, la santé du Souverain qui semble frais et dispos et en bien meilleur état que les conditions dans lesquelles il a été hospitalisé. De quoi rassurer les Marocains qui avaient manifestement besoin d’avoir la preuve que le Roi avait pris du mieux. Autre signal et non des moindres, le selfie de Saad el Hariri peut-être traduit comme l’illustration du dégel dans les relations entre l’Arabie Saoudite et le Liban après un douloureux épisode lors duquel les Libanais avaient pris pour acquis que leur Premier ministre se trouvait en résidence surveillée à Ryad, d’où il avait annoncé sa « démission’. Donc, que du positif, globalement.

Un équilibre précaire

Pour autant, cette photo de famille est-elle annonciatrice d’une détérioration brusque des relations entre le Maroc et le Qatar? À en croire certains médias et analystes marocains, le Qatar du Cheikh Tamim aurait renoué dans les coulisses avec le Polisario en mettant un appareil à la disposition de Brahim Ghali. Si cela s’avérait exact, il y a lieu de parler d’ingratitude. Non seulement le Maroc avait-il jugé prudent de rester neutre dans le conflit, mais il a également mis son point d’honneur à acheminer des denrées de premières nécessité en quantités importantes au Qatar après l’embargo auquel il a été soumis de la part de l’Arabie Saoudite et des Émirats. Et ce n’est pas tout. Le Maroc a mis en péril ses relations stratégiques avec ces deux pays avec tout ce que cela aurait pu impliquer en termes de manque à gagner en investissements.

Au milieu des années 1980, et alors que sévissaient les Programmes d’ajustement structurels ( PAS) de triste mémoire, imposés par le FMI et la Banque Mondiale, il est arrivé plus d’une fois que l’Arabie Saoudite et les Émirats interviennent pour… payer les salaires des fonctionnaires marocains puisque les finances publiques étaient dans une situation de banqueroute de fait! C’était sous Hassan II et à l’époque, les relations avec le Roi Fahd et Cheikh Zayed Ben Sultan étaient fondamentales pour le Maroc. Aujourd’hui, les temps ont changé et les alliances se sont redessinées, mais il serait malgré tout plus sage de maintenir cette relation privilégiée avec l’Arabie Saoudite et les Émirats tant et aussi longtemps que les intérêts vitaux du Maroc ne sont pas menacés. Dernier détail: Et si ce selfie en disait long sur les intentions de Mohammad Ben Salman quant au vote concernant le Mondial 2026 ?

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